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Les boules du sapin

Voilà, ça y est, c'est fini! OUF! Epongez-vous le front, prenez des bains avec du sel dedans. (Gros sel gris cinq cuillères à soupe, laissez-vous tremper vingt minutes, ça nettoie toutes les négativités !) Ne buvez pas d'alcool pour vous remettre. (Votre foie a suffisamment souffert et l'alcool n'est jamais la solution.) Détendez-vous, inspirez, expirez, c'est fini.

Et oui, vous sortez de deux jours infernaux en présence de l'intégralité de vos deux familles (la vôtre et celle de votre mari) et vous avez beaucoup de chance car vos parents ne sont pas séparés, sinon, vous étiez bon pour un quadruple repas, étalé sur toute la période des vacances scolaires, voire même pour le trente et un décembre, histoire de vous ruiner définitivement votre nouvelle année ! Ce n'est pas le cas. Merci petit Elfe des forêts bienveillant. (C'était pour ne pas dire "merci petit Jésus" parce qu'il a déjà beaucoup de demandes, donc mieux vaut s'adresser à quelqu'un d'autre en ce moment.)

Donc vous êtes arrivée dans votre belle-famille le vingt-quatre au soir, maquillée avec l'entièreté de votre palette Peggy Sage (Ca fait comme un masque, ça protège et ça les empêchera peut-être de vous reconnaître dans la rue le lendemain, quand vous serez en jogging, pas coiffée pour aller acheter le pain) - ben oui, faut faire de la stratégie ! - Vous avez choisi votre robe intégralement faîte en paillettes pour mieux vous fondre dans le décor. C'est sûr, ça va leur plaire de vous voir comme ça ! Votre mari rechigne et traîne des pieds, vous êtes en retard. (Ok, c'est de votre faute, vous avez passé une heure dans la salle de bain - mais on n’est pas maître dans l'art du camouflage en dix minutes chrono-) Vous allez donc vous prendre des remarques salées à ce sujet et cette idée augmente d'un point votre stress déjà à huit sur l'échelle de Richter. Passons. Vous arrivez à vous garer au pied de l'immeuble en moins de cinq minutes (c'est un miracle) et vous voilà arrivés ! Chance vous n'êtes pas les derniers. (Merci à la cousine Michelle).

Vous entrez dans un immense salon à la décoration tape à l’œil, où tout le monde est assis sagement sur un coin de fauteuil. Le silence est complet et vous vous demandez sincèrement qui on enterre ? Mais non, personne ! C'est juste la famille en ce jour mémorable du réveillon de Noël. (Vous vous faîtes la remarque que si les téléfilms sur M6 sont super débiles ils sont également quasi-extraterrestres au regard de ce que vous avez devant les yeux.) Personne ne vous dit que vous êtes jolie. (Ca vous aurait fait plaisir quoi ! Mais il est vrai que vos quelques kilos en trop ne cadrent pas avec leur image de perfection, donc : effort paillettes-maquillage : 0 / belle-famille : 1.) En même temps, vous allez vite vous rappeler que vous êtes là pour fêter Noël et surement pas pour être gentils les uns avec les autres. (Faut pas tout confondre, Bon dieu de bois !) Bref, on sert le champagne (vous ne buvez pas, manque de bol) et on se fait passer les petits fours en demandant à chacun ce qu'il devient. Vous : "Qu'est-ce que tu fais en ce moment ?" Réponse : "Je travaille à la Banque X, je viens de décrocher un CDI." Vous : "Fantastique ! Félicitations, et ça te plait comme travail ?"  Réponse : "Oui, c'est sympa." Fin de la discussion. Notez que c’est un moment d’émotion intense (au regard de la capacité affective de votre belle-famille) et que c’est également la discussion la plus intéressante que vous aurez ce soir.

Bien sûr, vous, on ne vous demande pas ce que vous faîtes, tout le monde s'en fout ! Vous auriez de toute façon apprécié de pouvoir vous définir et définir les autres autrement que par l'exercice d'un métier quelconque mais vous connaissez les règles, il n'est pas question de demander : "Qu'est-ce qui te fait vibrer en ce moment ? Et quelles sont tes moments de joie dans la journée ?" Vous passeriez encore pour la folle de service et vous en avez un peu marre d'avoir cette étiquette. Il est vingt heures, vous êtes là depuis trente minutes et vous avez l'impression que cela fait déjà trois jours. Vous commencez à vous décomposer mais discrètement car ça ne se voit pas avec le maquillage. (Bingo ! Le camouflage fonctionne !) Votre amoureux s'est fait attraper par son grand-oncle qui lui explique en long, en large et en travers comment il a acheté sa nouvelle BMW à un prix défiant toute concurrence (c'est à dire la somme que vous utilisez pour vivre à deux pendant un an). Vous fuyez sur le balcon avec une cigarette et vous la remerciez. (Merci merci petite cigarette de me donner une raison pour quitter ce tohu-bohu indigeste.) Puis vous rentrez vous asseoir et là, vous vous sentez progressivement moite et la boule dans votre ventre grossit et grossit. Vous devenez un fantôme errant dans un village désert. Vous ne voyez plus les gens, ni les conversations qui s'enchainent et vous priez pour qu'on ne vous adresse pas la parole. Ça tombe bien, personne ne vous regarde.

La technique c'est de ne jamais rester longtemps au même endroit. (Technique évidement uniquement applicable au moment de l’apéritif car après vous êtes coincée à table, alors profitez !) Quand vous croisez quelqu'un, vous lui faîtes un sourire rapide, une petite tape sur l'épaule éventuellement ou un compliment "Qu'est-ce que tu es belle ce soir !" et pour les hommes "Tu as maigri non? Ça te va super bien." Puis vous allez dans la cuisine, puis aux toilettes, éventuellement à la salle de bain, puis re-le bacon, puis re-vous vous asseyez au salon et re-la cuisine etc. Ça vous permet de ne pas vous prendre en pleine tronche que tout le monde se fout éperdument que vous soyez là ou non et ça vous évite également d'affronter tous les sujets de conversations débiles qui risquent de vous tomber dessus. Par ex : "La dinde aux marrons, comment la faire cuire ?" Ou : "La dégénérescence des jeunes, c'est une infamie, où va le monde ?" Ou : "La cigarette c'est le mal, pourquoi tu fumes encore ?" ("Parce que je me suicide lentement pour ne plus jamais avoir à passer de soirées en ta compagnie, Ducon ! ") "Tu n'aurais pas un peu grossi ?" ("Si ! Je me gave exprès de Nutella et de Mac do deux semaines avant de venir pour être sûre que tu me vois !") "Mais qu'est-ce que tu manges ?" ("Des kebabs suintants de graisse faits avec des petits chats !") Et le pompon bien sûr : "Pourquoi tu ne trouves pas un travail stable, vous pourriez acheter une maison, tu sais, c'est important d'investir, surtout à notre époque, je ne te trouve pas très responsable." Etc. Etc. Etc. ("Parce que mon rêve c'est de finir SDF et que je me donne les moyens de le réaliser !")

Bref, vous slalomez et vous n'entendez pas. Lorsque le repas est servi, vous réalisez que c'est un plat de langoustes grillées accompagné de riz avec sa sauce aux fruits de mer. Evidemment, vous êtes allergique à tout ce qui se trouve sur la table mais ce n'est pas grave. Vous le répétez tous les ans alors c'est le moment ou jamais de vous mettre au régime ! Vous ne mangez donc pas et vous souriez poliment parce que votre belle-mère s'excuse de n'avoir rien d'autre à vous offrir. ("Parce que faire des pâtes un soir de Noël, tu comprends…" "Non, je ne comprends pas, non. Mais ce n'est pas grave voyons, j'ai mangé trois toasts au foie gras, je suis repue !") Et la soirée défile et vous serrez si fort la main de votre homme sous la table que vous manquez lui broyer les doigts. Vous n'avez pas la force de vous réciter des mantras (pourtant vous vous étiez juré !!) et vous les laissez raconter des anecdotes fascinantes sur l'histoire de leur vie.

Une en particulier retient votre attention. Contexte : un des cousins de votre homme ici présent est gay, ils ont donc l'obligeance de taire leur homophobie parce qu'ils sont bien élevés - c’est le super avantage -. Youpiyou ! Cependant, ça les chatouille, ça les gratouille quand même un petit peu et il faut que ça sorte, donc ils racontent : "Moi je n'ai rien contre les gay - dixit le jeune frère de Marie-Angélique - par ailleurs un de mes proches amis, est gay. Enfin maintenant on ne se voit plus, mais vous comprenez, j’ai été très choqué. Eh bien oui, figurez-vous qu’il m’avait invité à les accompagner à la "Gaypride". Et là!! Tous ces hommes en train de faire les "folles", si vous voyez ce que je veux dire!  J'ai été choqué, je vous jure, c'était trop! Depuis, je ne le vois plus. Je pense qu'il faut savoir garder une certaine réserve. Ils sont homosexuels d’accord mais ils ne sont pas obligés d’en faire profiter tout le monde ! "

Alors là, vous devenez verte à poids bleus et vous vous dîtes qu'il a raison, qu'on devrait lui verser la somme de dix mille euros à chaque fois qu'il s'adresse à un homosexuel et qu’eux devraient s'estimer heureux déjà qu'il daigne leur adresser la parole ! Vous en profitez également pour vous interroger sur sa conception de l'amitié et puis vous vous dîtes que finalement, vous préférez ne pas savoir. Un petit coup d'œil au cousin gay : Il a les yeux dans son assiette et bizarrement il est tout blanc. "Ce n’est pas grave coco, tu feras une thérapie comme tout le monde." Même si sur ce coup-là, vous auriez adoré pouvoir lui faire un câlin… Alors vous prenez la parole : "Vos langoustes semblent délicieuses Mme Truc. Chez quel traiteur les achetez-vous ? Comment l'avez-vous connu ? Etc, etc. Le cousin vous sourit. "De rien ! " C’était le minimum puisque vous ne pouviez pas vous lever pour hurler ! Clin d'œil. Puis vous replongez le nez dans votre assiette vide. Amen.

La soirée se poursuit et vous avez l'impression d'errer dans un champ de maïs transgénique. Enfin, la mamie émet son premier bâillement et c'est le signal pour filer en vitesse. Quand vous rentrez chez vous, il est une heure du matin. Il n'est pas question de se coucher tout de suite alors que vous avez l’impression que trois camions vous ont roulé dessus. Vous débriefez avec votre compagnon, vous vous endormez trois heures plus tard et le lendemain, c'est reparti pour un tour dans votre famille cette fois.

On va s'arrêter pour la description de ces moments de torture sociale. On va avoir une pensée pour toutes les personnes qui ont passé Noël seul chez eux devant la télé ou même dans la rue avec un vin dégueulasse. Puis on va partir loin de cette réalité-là pour s'en construire une vraie à nous, une jolie qui fait du bien, celle qu'il ne faut pas quitter des yeux, celle qui nous permet de nous battre parce qu'on sait qu'un jour on la vivra.

C'est donc le matin du 24 décembre 2032. Vous vous réveillez vers onze heures (grasse mat = bonheur) et votre amoureux vient vous apporter le petit déjeuner au lit pour vous souhaiter un "joyeux Noël". Vos jumeaux de dix-huit ans sont avec des amis et ils rentreront ce soir. Vous profitez de ce réveil adorable pour faire un peu de gymnastique à deux. Quand vous émergez de sous la couette, vous constatez qu'il a neigé et que la campagne brille d'une luminosité incandescente et silencieuse. Vous descendez tous les deux dans le salon où un grand feu brûle dans la cheminée. Vous êtes accueillis par vos chiens qui vous sautent dessus avec amour. Ce soir, le réveillon se passe chez vous et vous avez invité uniquement des gens que vous aimez très fort. Vous laissez votre homme avec son livre et partez sillonner les champs avec vos deux toutous. Vous jouez dans la neige, vous courez comme une enfant que la vie n'a pas brisée, ivre de ravissement. Le sentiment d'être un élément essentiel de l'univers vous donne des frissons de plaisir dans l'échine. Vous rentrez pour vous préparer. Vous vous maquillez discrètement et mettez votre robe préférée. Votre amour vous trouve belle et ça c'est très bon. Vous dressez la table (vous avez cueilli des branches de houx pour la décorer) et vous attendez l'arrivée de vos enfants et de vos amis.

Vous vous rassemblez tous devant le feu pour l'apéritif et les conversations fusent : l'un part faire le tour du monde pour un reportage photos en milieux désertiques, l'autre raconte ses difficultés avec ses élèves lycéens et chacun se creuse la tête pour l'aider à trouver des solutions. On passe à table, on raconte des blagues (que tout le monde comprend !) et on rit très fort. On se fait des câlins, on s'offre des cadeaux (beaucoup de livres). Et puis commence la veillée de Noël. Vous avez allumé des bougies et éteint les lumières. Votre meilleur ami est astrophysicien et à la demande de vos enfants, il raconte l'histoire du Big Bang, il explique comment se forme un trou noir et qu'est-ce que l'on entend par physique quantique. Sa voix chaleureuse et calme est interrompue toutes les cinq minutes par votre progéniture qui réclame plus d'explications. Et tout le monde écoute. L'entièreté de la galaxie défile devant vos yeux. Vous explorez les trous noirs, les supers novas, la constitution des planètes et cela vous inspire de magnifiques tableaux que vous pourrez peindre le lendemain. C'est comme une musique douce dans votre corps, une sérénité pleine et entière que vous partagez avec tous. On appelle ça la délectation ultime.

Après deux heures et demie d'activité neuronale, il n'y a plus rien à dire. Le silence serein s'installe après la perfection. Vous vous quittez chaleureusement en promettant de vous revoir très vite. (Et là, vous le pensez vraiment !) Vous allez vous coucher des étoiles plein les yeux (au sens propre du terme). Voilà, c'est ça Noël.

Et pour vous?

Namasté

Ketrichen

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