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Du doute et du virtuel

J’ai fait un constat quelque peu curieux. Depuis que j’ai édité ce post dans lequel j’explique que je serais un peu moins présente sur le blog, le nombre de mes visiteurs virtuels a chuté. (Oui parce que je sais exactement combien vous êtes. Bon, je ne sais pas QUI vous êtes, rassurez-vous, mais j’ai les chiffres). Il est vrai que j’ai enchaîné cette déclaration par un article sur le sexe et les lesbiennes, ce qui n’était pas forcément très vendeur, je veux bien l’admettre. (En même temps, je ne vends rien, je suis bénévole à 100% et les seuls bénéfices que je fais, ce sont vos jolis sourires et les gentillesses que vous m’écrivez. MERCI pour ça.) Donc je m’interroge, donc je doute, je me questionne. Ben oui, je suis comme vous en fait, TSE sur le bout des ongles tellement trop et encore trop dans tous les sens que moi aussi, je menace d’exploser régulièrement. (Et je suis obligée de me faire des bains de cerveau aux huiles essentielles tous les deux jours, c’est super complexe à mettre en œuvre… Faut pas croire !)

Alors je vais vous parlez de ça justement : du doute.

Le TSE doute par nature. C’est un peu comme si votre ADN était constellé de petits points de doutes qui s’activent chacun à leur tour avec une régularité tout à fait aléatoire en fonction de vos « périodes de vie ». (Mais il y en a toujours un d’allumé, ils ne vous laisseront pas tranquille, ne rêvez pas !)

Prenons un exemple : Vous avez un ami que vous soupçonnez fortement d’être un TSE comme vous. Vous ne lui en avez jamais parlé, vous hésitez à aborder la question (ça peut provoquer des drames ces choses-là) Vous le voyez souffrir et se débattre dans une réalité que vous connaissez bien. Un jour, c’en est trop. Il souffre, il vous demande votre aide, des explications à ses bizarreries, à son incapacité à…, sa phobie de…, son exaspération quand… Etc. Vous vous jetez à l’eau, marchant sur des œufs pour ne pas trop heurter sa représentation de lui-même. (Et je peux vous dire que marcher sur des œufs en se jetant à l’eau, faut avoir une forme physique d’enfer et une agilité hors du commun !) Mais vous le faîtes ! Vous lui dîtes que vous pensez : que c’est un TOUS SEULS comme vous, qu’il a toutes les caractéristiques, que c’est une des seules personnes avec qui vous pouvez vraiment être vous-mêmes. (Et que ça c’est une preuve quand même !!) Vous lui conseillez de lire sur le sujet et patati et patata. S’il est totalement vierge en matière de TOUSEULITUDE il vous répondra dans 99,9999 % des cas : « Non mais ça va pas la tête ? Je ne suis pas « surdoué », t’es dingue ! » Et préparez-vous pour une heure d’argumentation solide pendant laquelle il va vous démontrer à quel point il est stupide et que la seule bonne réponse à ses problèmes c’est qu’il devrait se mettre un bon coup de pied au cul. C’est une constante absolue. Seul un psy assermenté par la brigade de la « vérité sociale » pourra (avec test de QI pour preuve / à l’appui) le faire bouger de sa position.

Si ce TSE a déjà entendu parler de TOUSEULITUDE, a déjà lu un livre sur le sujet, vous avez une bonne chance de vous en sortir, il a commencé le travail, vous pourrez l’encourager pour le finir, mais pour les autres, ils n’auront que de sérieux doutes quant à leurs propres capacités.

Prenons une conversation similaire avec un TOUT LE MONDE.  (C’est là que ça devient très drôle.) Vous discutez avec une de vos connaissances dont le fils est précoce. Elle clairement, ne l’est pas. Vous avez passé suffisamment d’après-midi en sa compagnie pour certifier sûr de sûr, VRAIMENT elle ne l’est pas. (« Si je me trompe, je te donne deux mille euros » Paf, comme ça !) Vous parlez donc de « précocité » avec elle (c’est LE mot pour les enfants). Elle sait que vous êtes une TOUTES SEULES, vous lui avez expliqué. C’est donc au détour d’une conversation passionnante (qui vous donne envie de boire un bon bourbon / ou de plonger dans vos cachets d’anxiolytiques) qu’elle vous livre, sur le ton du secret : « Tu sais, je pense que moi aussi, je suis une TOUTES SEULES, je crois que je vais aller me faire tester. » Vous manquez de vous étrangler avec votre xanax en sirotant ledit bourbon. Vous ne l’aviez pas vu venir celle-là ! Puis vous vous souvenez, qu’on vous l’a déjà fait. En effet, votre oncle Pierrot à qui vous aviez expliqué vos caractéristiques (pour qu’il cesse de vous traiter de grosse feignasse) avait eu une réaction similaire. Il vous avait regardé avec ses yeux inspirés en disant : « Ben, je dois être comme toi en fait. Ça explique tout. » Vous ne vous étiez pas étranglée, mais vous aviez éclaté d’un bon rire franc et sincère (c’est qu’il est drôle tonton Pierrot, il fait tout le temps des blagues !) jusqu’à ce que vous constatiez qu’il ne plaisantait pas du tout et qu’il commençait à se sentir vexé par votre réaction. Vous aviez rattrapé le coup à la va-comme-je-te-pousse en reprenant un air très sérieux : « Ah bon, tu crois ? Ben, je ne sais pas. Je ne suis pas spécialiste. Mais tu peux te faire tester si tu veux. »  Puis vous aviez fui en prétextant être fascinée par les nouveaux rideaux de votre tante. (Comme le dit si bien Gandalf : "Fuyez, pauvres fous!")

Donc il y a une constante chez le TSE qui s’ignore, si on lui explique ce que c’est qu’être un TSE au quotidien, il dira toujours : « NON, je n’en suis pas un, j’en suis sûr et certain. » A contrario et de façon tout à fait improbable un TOUT LE MONDE  vous dira avec spontanéité et d’un air complice « Je crois que moi, j’en suis un. »  Faîtes l’expérience c’est fascinant.

Alors pourquoi le TLM s’empare si facilement et sans complexe de nos caractéristiques si difficiles à avouer au quotidien ? (Vous avez mis des années pour l’admettre et même aujourd’hui, certificat WAIS sous le bras, vous doutez encore régulièrement…) Parce que le TLM souffre lui aussi. Il se sent également seul, incompris, quelques fois décalé de ses pairs et il cherche des explications. Celle-là sera toute aussi valable qu’une autre. (Surement plus facile à avaler d’ailleurs que : « Va voir un psy, Bordel de Dieu !!! ») Vous avez surement vécu ça dans votre jeune âge quand vous avez expliqué aux adultes autour de vous que vous vous sentiez différente. On vous a répondu (Hummm… J’adore cette phrase, elle me donne des frissons dans la colonne) : « On est tous différent ». Ce à quoi maintenant, vous arrivez à répondre : « On est tous différent mais certains plus que d’autres. »  A l’époque, l’adulte cis-nommé reléguant votre souffrance à l’échelle de celle de vos camarades, vous aviez passé des heures à observer les enfants de votre âge pour savoir si oui ou non, tout le monde était vraiment différent comme vous. Et force est de constater avec le temps que non, ce n’est pas la même différence et que non, ce n’est pas la même solitude. Quand on est adolescent, c’est d’autant plus compliqué que la case « crise d’adolescence » ressort toutes les trois phrases (voire l’article : Les cases des TOUT LE MONDE). Vous vous sentez comme un extra-terrestre dans un champ de carottes bioniques et TOUT LE MONDE  vous dit que c’est normal « Vous cherchez votre identité ». (« Ah, c’est donc ça ! » Ben vous avez dû la laisser trainer par terre et  le chat l’a mangé, à ce stade là, parce qu’elle est introuvable « mon identité »!) Mais revenons aux amours des amphibiens un jour de printemps sous la rosée matinale.

Vous, le TOUS SEULS, être de questions par essence, vous doutez. Vous doutez de tout. (A la différence des TLM comme on a pu le voir ci-dessus) qui eux… ne doutent pas ou si peu que c’est équivalent à pas. (N’oubliez pas que Dieu leur parle directement dans l’oreille droite). Vous interrogez régulièrement ce qui vous entoure, ce que vous vivez mais également ce que vous êtes. Vous  trouverez toujours un bon moyen pour démontrer à quel point vous êtes stupide. Vous trouverez toujours une bonne façon de prouver que vous auriez pu faire mieux, que vous n’avez pas pensé assez, que vous auriez dû être plus rapide, moins délétère, plus concis, plus communiquant, moins bavard, moins égocentrique etc. Etc. Et vous pouvez vous repasser ces phrases à l’envers (c’est-à-dire avec une négation -ne lisez pas à l’envers, vous allez sacrément en baver-) Ça marche aussi. Vous avec votre super pouvoir de projection et de décentration ne serez quasiment jamais satisfait de vous-même car vous voyez avec une loupe géante tous les défauts de vos qualités.

On s’arrête, on respire, on fait une pause. L’intérêt de savoir comment on fonctionne (nous TSE) c’est justement de connaître nos travers et d’y mettre un frein quand ça nous fait du mal. Attention : Bruit violent de crissement de pneus!! (Je n’ai toujours pas trouvé d’onomatopée correspondante mais je cherche, je n’abandonnerais pas.) Stop. Stop. Stop. Vous savez que vous êtes pire que pire que perfectionniste et hyper-exigeant. Vous n’êtes pas parfait. Tant mieux, soyez doux avec vous-mêmes et laissez-vous un peu tranquille. (En fait, j’écris ces articles uniquement pour m’auto-driver ! Vous connaissez l’histoire du cordonnier ? … Sans commentaire. )

Nous allons maintenant basculer du côté obscur de la force (Je fous la trouille hein ?) et aborder le monde virtuel. On revient aux doutes à la fin.(Je vous promets qu’il y a un fil conducteur dans tout ça !)

Ce matin, je suis allée sur internet en buvant mon café –je suis d’une originalité des fois !- Et ce que j’ai lu m’a rendu coite. Mais vraiment coite ! Je vous le dis sans ambages, je ne m’en cache pas : j’étais coite. C’est que j’ai fait un truc de fou, pour vous ! (C’est parce que je vous aime vraiment – ou parce que je suis très exigeante dans mon travail ?-  /cochez la réponse qui vous satisfait le plus.) Il y a quelques semaines, j’ai créé mon profil Facebook et je me suis inscrite à tous les forums de discussions pour TSE que j’ai pu trouver. Je voulais me tenir au courant, je voulais me pencher sur ce qui vous préoccupe. (Qu’est-ce que je suis chou des fois, je me mettrais bien deux ou trois petites claques vite fait !) Quelle ERREUR mais quelle ERREUR.

Si les forums de TSE reflètent la réalité de ce que nous sommes… Pitié, pendez-moi tout de suite !

Cela fait donc bientôt deux mois que je cavale d’une discussion à l’autre, j’observe, je lis, je suis tantôt choquée, ébahie, hallucinée puis attendrie, prise de pitié, triste pour certains… Et puis je finis invariablement par avoir envie de vomir ! (Ce n’est pas très délicat mais ça donne une vision globale assez juste.) Alors, je vais cesser de m’y rendre sur ces forums. Je crois que c’est plus sain, plus pertinent même je dirais. Non parce que franchement c’est une torture de suivre une discussion et cela quel qu’en soit le sujet ! (quoi que : « quel type de chien possédez-vous ? » est la question qui m’a le plus interpelée. –C’est vrai que c’est le lieu quoi, de parler des différences races de chien !- Et puis c’est aussi une question fondamentale pour un TSE, je veux dire, c’est vrai ! Bon, je trouve que ça met un peu à l’écart les tortues et qu’on est à la limite de la ségrégation des tortues et je suis contre toute forme de ségrégation, mais bon… En tous cas, si ça vous intéresse, moi, j’ai un chien et je peux vous faire un post intégral sur le sujet avec photos et tout… Enfin, bref...)

Revenons à notre monde virtuel. Se plonger dans ces forums, c’est comme se plonger dans un marasme d’agressivité, de bêtise, de jugement, d’attaques gratuites et de dialogues sans queue ni tête. On en a un qui dit : « Je me sens super mal en ce moment, c’est l’horreur. » Et là, 254 réponses en une heure. Certains le consolent, lui demandent des explications et d’autres se plaignent que les TSE vont toujours mal (C’est vrai, quoi, ras le bol ! Je fais la grève de la faim toute nue devant le parvis d’un cabinet de psychologues cognitifs, parce que moi j’en ai marre marre marre des gens qui vont mal. Alors je dis « stop » à la souffrance !) Puis il y en a qui se foutent de sa gueule en répondant des trucs du genre : « 3 carrés + 5 carrés = 70 roses bleues, lol » - ?????- et puis il y en a qui le méprisent en prenant des airs très intelligents « La souffrance est l’apanage du faible et sa dichotomie nous enveloppe. Alors, il serait peut-être temps que tu réfléchisses à tout ça au lieu de te plaindre, ok ? »  Alors d’autres renchérissent : « Non mais vas-y, ce n’est pas bien de lui dire ça, moi-même je ne vais pas très bien… » Et d’autres « Oui mais la faiblesse, c’est l’horizon qu’on se donne vis-à-vis de la lâcheté qu’on vit au quotidien donc je suis trop d’accord avec toi » et patati et patata… Et là….. Grand cri de loup !!! Imaginez un loup géant (tout blanc, super beau, la classe, de magnifiques yeux noirs qui font trop peur) qui hurle mais qui HURLE… Pour faire cesser ces jacasseries anti-constructives, anti-intéressantes, anti-tolérantes, anti-partage, anti-bonheur, anti-pasti ! (Hé pourquoi pas ?)

Et là, il y a une petit voix dans ma tête qui me dit : fuis, fuis, fuis Ketrichen, ferme ton Facebook, arrête d’essayer de comprendre là où il n’y a rien à comprendre. Tu assistes impuissante à un profond débordement d’egos qui se poussent et se battent pour être les premiers lus, les premiers likés, qui dans l’antre du virtuel sans fond (personne ne vous entendra crier !) revêtent leur cape de premiers connards et s’ennuient tellement qu’ils sont juste là pour…. Ils sont là pour quoi d’ailleurs ? EXISTER ? EXISTER. Juste un peu. Bêtement, maladroitement, violemment, virtuellement… Faussement surtout, faussement. J’avoue que je ne supporte pas les discussions stériles, celles qui ne font pas avancer, celles qui nous ramènent irrémédiablement à notre point de départ avec la sensation d’avoir passé deux heures dans un four. Et c’est dans ces moments-là que je me désolidarise profondément de ces réunions virtuelles et que je ne me sens plus du tout TSE. Pas comme eux en tous cas.

Ce sont ce genre d’éléments qui me font douter. Douter de l’intérêt de partager avec des TSE,  de l’intérêt d’écrire ce blog. Pour moi, pour vous ? (Exemple d’arbustes : Qu’est-ce que ça vous apporte ? Est-ce vraiment intéressant ? Pourquoi ? Que cherchez-vous ? Quels thèmes voudriez-vous aborder ? Etes-vous là pour parler de vous ou pour entendre parlez de moi ? Etes-vous là pour rire ou pour comprendre ? Que pensez-vous du virtuel ? Qui êtes-vous ? Pourquoi ? Etc.)

Il y a certains moments dans ce monde virtuel où la solitude est encore plus terrible parce qu’on est si nombreux. Quels conseils puis-je retirer de tout ça ? Je ne suis pas là pour vous plomber le moral, ni pour vous décrire les nombreux vices cachés de notre monde et de notre condition. Le TSE est un être hyper-complexe par essence et deux TSE ensemble peuvent être plus différents qu’un escargot et une girafe. (Sans offense ni pour l’un ni pour l’autre) Mettez-en une tripotée sur le web, sans modération, faîtes une salade et vous obtiendrez une « décharge émotionnelle permanente » comme dirait mon homme. (Je le cite, c’est la moindre des choses, puisqu’il est trop fort, + même que Google !)

Alors que faire ? Tout d’abord, apprendre à se connaître profondément nous-mêmes. (Ca occupe pas mal de temps en fait.) Savoir ce qui nous anime, nous fait vibrer, illumine nos pupilles. Se jeter à corps perdu dans nos passions. Trouver un partenaire de vie pour nous comprendre, nous faire des câlins et pratiquer régulièrement le sport de chambre. Cultivez les plaisirs, tous les plaisirs. Savoir qu’on est TSE et par là même, faire attention à ce qu’on dit, quand et comment. Apprécier les TOUT LE MONDE qu’on aime et qui nous font du bien. Cesser d’essayer d’être compris par les TLM  qui ne peuvent pas et limiter au maximum les temps passés près d’eux. Accepter d’être toujours un peu plus tout seul que les autres mais se souvenir des avantages qu’on a à être nous-mêmes.

Quant à internet : S’en servir avec parcimonie. Etre prudent dans les échanges et ne pas se noyer dedans. Privilégier le vent qui souffle dans nos cheveux le matin, nos amis qui seront toujours bienveillants et ne pas espérer trop de cette grande illusion de communication.

Prenez soin de vous.

Namasté

Ketrichen

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