Savoir dire non

Publié le par Ketrichen

Savoir dire non

Je suis tombée par hasard sur le film « The Doors ». Cela faisait des années que je ne l’avais pas vu. Excellentes prestations de Val Kilmer et de Meg Ryan, que je salue en passant. Voir ce film m’a violemment rappelé à quel point les « TSE » peuvent se faire détruire, réduire en purée comme ce cher Jim (qui n’était pas très frais dans sa tête, je ne saurais le nier) mais qui était également extrêmement talentueux. Cela m’a ramené également au discours de Jodie Foster (une TOUTE SEULE qui est aussi une grande dame et une grande actrice) au Golden Globe en 2013 quand elle aborde la question de sa profonde solitude. Et je pense également à Daniel Tammet (ASPIE) que j’ai vu dans une émission (vous trouverez l’extrait sur You tube) qui m’avait profondément touchée. Je me demande comment il peut vivre dans ce monde en étant si différent des autres êtres humains.

Je pense que lorsque qu’on est un TOUT SEUL, on peut facilement se faire instrumentaliser, devenir un objet.

Je n’aborderais pas les manipulateurs pathologiques qui se servent de leur cerveau trop grand pour eux afin de façonner les autres et le monde. Ils ne m’intéressent pas car ils sont petits, méchants, vils. Je vais donc tout simplement les rayer de ce texte et leur adresser ma plus grande indifférence qui est la seule reconnaissance que je puisse leur offrir.

Comment ne pas se faire instrumentaliser ? Comment exister sans heurter les autres et sans non plus devenir à notre insu : leur objet ?

C’est vrai, soyons honnêtes et réalistes vis-à-vis de nous-mêmes, notre connaissance instinctive du monde, notre clairvoyance sur les choses, notre capacité à anticiper ou alors nos qualités en maths, en informatique, en architecture, notre capacité à éblouir, notre maîtrise de notre corps, notre empathie, notre force, que sais-je…. (Nous avons beaucoup de pouvoir magiques différents en fonction de nos personnalités et de notre histoire) font de nous des instruments fiables et bénéfiques pour notre entourage. Et si certains nous utilisent, ce sera parfois sans méchanceté, sans arrière-pensée. Nous sommes simplement une source de savoir et de connaissance à leur portée et ils nous sollicitent naturellement, de la même façon qu’ils ouvrent leur robinet pour obtenir de l’eau pour faire la vaisselle.

J’ai cette fâcheuse tendance à ne pas savoir dire non. Pour savoir dire non, il faut d’abord avoir une conscience de son propre ego et de sa valeur. Ça ne nous est pas donné à la naissance et notre culture judéo-chrétienne ancrée dans nos veines nous incite à tendre l’autre joue avec grâce et à offrir notre main pour sauver le monde. C’est aussi une tendance que nous avons naturellement en tant que TOUT SEUL. Notre chère empathie participe à notre besoin d’aider l’autre et si ce n’est pas elle qui le fait, notre sens aigu de la justice nous fera plier par son gant de fer.

Dans les textes que j’ai précédemment écrits, je m’étais donnée une ligne de conduite claire dans laquelle, je me devais de vous faire rire mais également : ne pas vous livrer des éléments de ma vie privée. Je voulais vous apporter mon aide ou si ce n’est celle-ci au moins quelques moments de lecture agréable. Au fil des semaines, je me suis épuisée. C’est très difficile d’être légère et drôle quand on aborde des sujets durs, douloureux et des réflexions qui sont le résultat de longues années de travail sur soi. Cela m’a pourtant beaucoup apporté (dans ma sphère privée) car mettre en mot les pratiques de protection que j’utilisais instinctivement m’a permis de me les approprier mieux et de les mettre en pratique avec plus d’efficacité. Il en résulte donc de meilleurs rapports avec ma famille et les TLM que je suis amenée à fréquenter. C’est une bonne chose.

MAIS, parce qu’il y a un Mais. Ces conseils que je vous ai proposés dans ces quelques mots que je publiais chaque semaine encouragent un positionnement que j’appellerais le « positionnement du sage ». Il implique de prendre du recul dans chaque situation, de garder le contrôle de soi pour ne pas blesser les autres. Il implique (pour ne pas s’épuiser) de fréquenter le moins de TLM possible et de le faire en minimisant au maximum notre temps de présence à leur côté.

Ça marche. Vraiment ça marche. Je ne peux que constater les sourires que je reçois qui sont nouveaux, les étreintes chaleureuses quand je retrouve des TLM et même des éclats de rire.

Seulement cela n’enlève pas le sentiment profond de solitude. Ce sentiment de solitude qu’une femme comme Jodie Foster (avec une brillante carrière derrière elle, des enfants, de l’argent, en veux-tu en voilà) raconte le cœur serré comme l’aveu de la fatalité de son handicap. (Elle n’aborde pas la question de sa douance mais il est facile de lire entre les lignes.)

Je crois qu’il est plus facile pour les TSE hyper rationnels d’y faire face. (C’est un constat que je fais en observant les TSE proches de moi). C’est également plus facile lorsqu’on a une passion ou une carrière qui nous épanouit.

Ce qui est absolument dingue c’est que chacun de nous qui sommes tous des TSE soyons si différents. Rentrer dans le monde d’un TSE est une tâche difficile (même pour un autre TSE) car chacun de nos univers sont extrêmement complexes, avec des formes et des couleurs qui ne ressemblent à aucun autre.

Si j’avais choisi de vous faire rire c’était aussi pour rallier le plus grand nombre. Prendre des situations que nous avons tous plus ou moins vécues avec des thèmes larges tels que le travail, l’amour, la famille (etc.) ne m’impliquait pas. Un peu mais en fait un tout petit peu.

Vous seriez bien choqués de me rencontrer et de savoir à quel point je suis révoltée et à quel point ce monde me dégoute. En choisissant d’avoir un langage qui me ferait être aimée et comprise par vous, je me suis amputée.

N’est-ce pas un comble de décider de briser le tabou de la douance en normalisant mon discours ? N’est-ce pas un comble de rendre tabou mes pensées politiques, humaines, mes révoltes, mes combats quand mon but premier est de briser un tabou ?

Cela en devient ridicule mais je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite.

Il y a une chose dont j’ai toujours rêvé, c’est que les gens soient capables de dépasser leurs différences, pour se parler, prendre le temps de s’écouter, ne pas se juger. Je crois que j’ai  toute suite eu l’intuition  que ce ne serait pas possible sur internet. C’est pourquoi, je me suis censurée. Beaucoup.

Le monde est étrangement grinçant en ce moment. Je ne vois pas d’amour autour de moi. Je vois des égos qui luttent perpétuellement pour se faire reconnaître et ce n’est pas uniquement dans le monde virtuel, non, c’est partout. Cela me donne une impression d’oppression fort désagréable, une envie de partir vivre dans une forêt, dans une petite cabane. Une envie de fuite en somme car je me sens très étrangère à ce monde. Oui, vraiment, vraiment extra-terrestre et étrangère.

Dans quelques semaines, pour mon anniversaire, j’ai l’occasion de prononcer un discours devant mes amis et ma famille. J’adore faire des discours, j’aime écrire et j’aime dire aux gens que je les aime, j’adore leur parler de leurs qualités, les remercier pour ce qu’ils ont fait pour moi. Ce discours m’a obsédé. Je voulais être précise, respecter les sensibilités de chacun car toute personne apporte quelque chose à ce monde et m’a apporté quelque chose à moi, même si c’était tout petit.

Et par-dessus tout j’adore la vérité, j’aime dire les choses de façons claires et nettes. Je déteste les secrets. Seulement voilà. Ma douance est un secret. Ma TOUSEULITUDE (même si toutes les gens qui sont autour de moi savent que je suis une TOUTE SEULE) reste un terrible secret. C’est d’ailleurs assez dingue d’avoir expliqué et dit à toutes les personnes de mon entourage combien ma différence me pesait, que chacun ait écouté à sa façon et qu’il me soit pourtant interdit d’en parler en public.

Les sensibilités seraient échaudées. J’imagine tous ces gens outrés que je puisse expliquer cela et les remercier (pour certains en tous cas) de m’avoir soutenue dans ce trajet là. On ne parle pas de ça. Surtout pas devant une foule. On ne dit pas ces choses. Donc il n’y aura pas de discours. Ce serait pire pour moi de me museler en parlant que de me taire totalement.

C’est plus facile, je crois de parler de son enfant précoce. Même si ça agace la plupart des gens (n’ayez pas d’illusion) on peut tolérer que des parents s’inquiètent pour l’avenir de leur enfant. On écoute, on compatit. Mais qu’un adulte ose proférer ça en public (même si son intention est bienveillante) malheur à lui ! Honte, foudre et regards méprisants.

Il m’est arrivé quelque chose d’amusant l’autre jour, je discutais avec une « copine TLM» (notez bien que ce n’est pas une amie) elle m’a parlé d’elle, j’étais ravie d’avoir de ses nouvelles, ça faisait longtemps. Je lui ai posé plein de questions, elle m’a parlé de son boulot, de son homme, de ses enfants etc. Pendant une heure. Puis j’ai commencé à lui donner des nouvelles de moi et à lui dire comment j’évolue en ce moment avec ma TOUTSEULITUDE.  C’était des nouvelles plutôt positives d’ailleurs. Ça a duré une dizaine de minutes et puis elle arrivait chez elle alors elle m’a dit qu’elle posait ses affaires et qu’elle me rappelait 5 min plus tard. Elle ne m’a jamais rappelée. J’ai eu un texto avec ses excuses 4 heures plus tard  et un petit mot comme quoi elle avait été ravie de m’avoir au téléphone.

Bien sûr ! Ravie, enchantée, moi de même. Je ne sais pas si cela vous arrive aussi mais j’aimerais vraiment pouvoir facturer tous les gens qui me parlent d’eux pendant des heures sans jamais me poser une seule question sur moi. A 70 euros de l’heure Mon Dieu, je serais riche et je n’aurais pas à me préoccuper de trouver un travail dans ce monde qui marche sur les sourcils (je ne peux pas dire " sur la tête" à ce stade ce serait un compliment, les sourcils, ça me va mieux comme image).

Et voilà comment on est instrumentalisé.

Comment on devient doucement l’objet de l’autre, celui qui comprend ou écoute, celui qui répare les ordinateurs, qui coache sa voisine pour un entretien d’embauche etc. etc. etc.

Mais peut-être que nous ne vivez pas ça, peut-être que vous êtes différent, que vous avez trouvé un autre équilibre, peut-être est-ce le cas pour une partie seulement des TSE (car j’en connais d’autres dans mon cas quand même).

Mais c’est un problème je crois pour un TSE de faire vivre son ego, de mesurer ce que l’on donne et d’apprendre à se donner à soi-même et ne pas attendre, surtout ne jamais attendre que les autres le fassent. (Mesurer ce que l’on donne, ça n’a à priori aucun sens pour moi, c’est une notion aberrante ! Mais nécessaire.)

Je fais le vœu, de tout mon cœur, je fais le vœu que dans 50 ans nous n’aurons plus à nous cacher. Qu’il n’y aura plus de tabou sur le sujet de la TOUSEULITUDE, que les gens nous accepterons dans cette différence, qu’on pourra le dire au même titre qu’on peut dire : je suis athée, je suis chrétien, je suis juif, je suis musulman, je suis bouddhiste ou « je crois aux fées » en tapant dans ses mains. Ah mais non, j’oubliais, ça non plus, on ne peut pas le dire, c’est mal, ça déclenche du racisme, de l’antisémitisme, de l’anti-chrétienneté, de l’anti-fée !

Et oui les gars, j’oublie parfois que : « liberté, égalité, fraternité » c’est un slogan! Comme une pub pour un déodorant, qui vous ferait croire qu'en s'aspergeant les aisselles Mia Tyler deviendrait Liv Tyler -ne pas confondre les deux!!-. C’est une big joke quoi !

Apprenez à dire non, surtout et apprenez à vous écouter. Le blog va un peu changer, je vais m’atteler à être moins consensuelle, plus moi et moins ce qu’on attend de moi.

Très belle journée à vous.

Namasté 

Ketrichen

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Ketrichen 21/09/2015 21:05

Bonjour Edwin, je suis ravie que ça te plaise :o) Bienvenue sur le blog. Au plaisir. Namasté.

Edwin 10/09/2015 21:16

Merci !

Ça fait du bien à lire , et ça met dans la bonne voie pour mieux penser

Ketrichen 12/05/2015 09:45

Merci Marilou!! Oui c'est une chance quelques fois d'être introvertie, et du coup, j'imagine que tu n'as pas de frustration quand tu ne parles pas de toi... J'essaye également d'n dire le moins possible mais comme je suis sur l'autre versant hyper-extravertie, je me frustrationne, je me frustationne. Merci pour ta gentillesse. Namasté.

Marilou Loulou 08/05/2015 08:31

J'ai adoré ce billet, Ketrichen. Comme les autres commentateurs, je m'y retrouve tellement! Et mon Dieu, c'est tellement difficile de résister, de se débattre de l'emprise du "vouloir être utile", de dire non...
A côté de ça, l'épisode du coup de téléphone m 'a fait sourire: une différence. Au final, je n'aime pas parler de moi aux TLM, donc je fais toujours très court: ouioui, pas trop mal, bientôt fini mon Master, les derniers écrits, blablabla. Toujours une façon de ne pas parler de moi. C'est aussi l'avantage d'être publiquement introvertie: tout le monde sait que je n'aime pas le téléphone!
Bon courage à toi. C'est si difficile de trouver sa "voix", en particulier par écrit. Et puis être fidèle à soi-même... quel combat de tous les instants!
Allez, je retourne à mes écrits ;-). Bonne continuation à toi!
C'est une belle décision, celle que tu exprimes ici...

Ketrichen 03/05/2015 01:03

Oui : Mesurer le don de soi Pilou, c'est bien ça. Est-ce possible sans s'aigrir soi même ? Hummmm... Long débat. Merci pour ton accueil Vincent, ravie de te retrouver également. Et merci à vous tous pour votre bienveillance. Douce nuit à vous. Namasté.

Vincent 28/04/2015 02:12

C'est ce que l'on appelle un retour en force... Heureux de te lire de nouveau, pour le coup je vais dire oui.^^

Pilou 27/04/2015 15:39

J'ai réfléchi un petit moment à cet épisode "coup de téléphone" qui est si criant de banalité. En retournant en tous les sens cette situation j'abouti à la même conclusion quoique plus nuancée : j'ai le souvenir prégnant de ma mère qui regrettait amèrement que jamais "les autres" ne nous retournait le centième de ce qu'on leur apportait et que petite je m'interrogeai "Quoi ? Elle le faisait pour un retour ?!?". Adulte je comprend mieux l'amertume, la sensation d'être utilisée et d'être "bien pratique" quand il le faut....mais ce souvenir me permet d'être aussi plus vigilante avec mes attentes : lorsque je donne, que je consacre du temps, de l'écoute, de l'aide s'il se trouve que je peux la fournir, j'essaie d'être bien claire avec moi-même et de n'être pas dans le sacrifice ou dans l' attente d'une reconnaissance quelconque. Je donne par ce que j'ai bien envie de donner. Autrement je ne le fait pas. Et je peux dire merci à mes garçons qui ont été les premiers à me le faire comprendre : comment beaucoup de mamans qui veulent (trop) bien faire et très légèrement (oh si peu) perfectionnistes, je m'y suis brûlée les ailes et sombré joyeusement dans le burn out. Trop donner n'est pas bon. Et ce n'est pas même dit que l'on nous remercie d'être débiteur, à la fin il est bien plus pratique de se dire que si vous donnez c'est que ça vous fait plaisir (bien sûr que cela nous fait plaisir...mais cela ne nous nourrit pas en reconnaissance, en échange, énergie, flux ce que vous voulez !). Il est souvent question de respect de soi-même aussi qui est d'autant plus difficile à consolider lorsqu'on s'est toujours senti à côté de la plaque et qui est un peu notre lot à nous, les TSE...

Ketrichen 24/04/2015 11:23

Bonjour à tous!! Merci pour vos encouragements, ça fait du bien de vous retrouver! Et oui, le monde est dur, faisons au maximum pour nous sentir moins seuls! Je vous souhaite à tous une belle et douce journée et je vous dis : A très vite. Ketrichen!!

Semm 23/04/2015 23:59

Ah !!! Du moment que tu reviens... ! Je dis pareil qu'Odile : je m'y retrouve tellement. Dans cette façon légère qui était là jusqu'à maintenant et qui permet de tolérer certaines choses ... comme dans cette autre façon. Je peux être les deux aussi. Plein de choses me dégoûtent aussi et notamment cette compétition d'égos s bien décrite (qui fait que je choisis de voir moins de monde... et que je me sens davantage seule...)

Frédérique 23/04/2015 20:59

quel bonheur de retrouver ces quelques lignes. Que ce soit pour rire ou pour pousser des coups de gueule, ça me va. Ne sommes nous pas perpétuellement dans un train d'une montagne russe? Mais c'est aussi notre force, vivre tout à fond. Je reviens d'un team building, et là je suis plutôt en bas de la montagne :), un peu dans mon jardin à regarder les oiseaux et je sens déjà que ça va mieux. Je me demande vraiment après quoi courre l'espèce humaine...Un grand mystère.

Aline 23/04/2015 19:53

Encore une fois, respect pour ce merveilleux billet !! Merci beaucoup pour le sentiment d'avoir une "voix" à chaque fois que je vous lis ! ;-)

Odile 23/04/2015 18:03

C'est une bonne idée. Moi, ça ne me dérange pas du tout. Je me reconnais dans tellement de tes textes, même et surtout celui-ci.

Xine 23/04/2015 17:57

Oui, je sais. Je ne sais que trop bien tous ces gens dont je connais tout et qui ne savent rien de moi simplement mais parce qu'ils n'ont jamais posé une seule question ou n'ont pas voulu entendre les réponses.

Christine 23/04/2015 17:19

Merci. Car la légèreté sur les sujets profonds, je n'aime pas trop. Soyez vous. On attend (je n'attends) rien d'autre de vous !

lillo 23/04/2015 16:49

bienvenue chez toi ;) je tj aussi heureux de te lire ;)