Je les ai rencontrés...

Publié le par Ketrichen

Je les ai rencontrés...

Je les ai rencontrés.

Oui pour de vrai, j’ai passé une heure trente en leur compagnie. Et je ne vous parle pas des extra-terrestres non (j’aurais adoré, notez !) ou des indiens de Patagonie (j’aurais adoré aussi) ni même des descendants de Dracula (j’aimerais bien également) non, non, je vous parle de mes voisins, ceux qui habitent juste au-dessus de chez nous et que je croisais régulièrement, de façon informelle.

Ils étaient sympas, vraiment sympas. Toujours un sourire, une petite blague qui fait plaisir et ils venaient nourrir nos chats régulièrement quand on partait en vacances. On leur ramenait une bonne bouteille de vin, ils étaient contents, on était content. C’était bisousnours-land. Youpiyou ! Mais ça, ça c’était avant.

Notre relation ne sera plus jamais la même, je garderais à jamais une boule dans la gorge quand je leur dirais bonjour. Parce que maintenant je sais.

J’avais peu de raisons de m’en douter. C’est vrai qu’ils sont blancs, tout blanc, comme moi mais je n’avais pas porté d’attention à cela parce que c’est une donnée qui m’importe peu, la couleur de peau des gens. Ma naïveté est légendaire et elle agit comme un voile étoilé entre le monde et moi. Il faut dire que je cultive sacrément le déni, en préférant rester cachée que de m’exposer dans les rues de ma ville. C’est l’expérience qui fait ça. A trop ouvrir les yeux sur le monde, les rétines finissent par bruler au troisième degré, le cerveau bouillonne à m’en faire exploser les tympans, donc….Question de survie, je vis fenêtres closes et cœur ouvert à petites doses uniquement pour des gens méticuleusement sélectionnés. Bref, ce qui m’a piégée dans cette histoire, c’est que la fille ainée de mes voisins est handicapée mentale, que sa cousine est lesbienne et que je pars du principe (naïf, naïf, naïf !!) que celui qui est discriminé au quotidien ne peut discriminer les autres à son tour. Question de logique, question de principe. Du genre : tu subis les critiques, l’oppression, les regards, tu sais ce que c’est d’être rejeté donc, tu ne le feras pas à d’autre. C’est évident, non ?

C’est drôle parce que tellement de choses me semblent aller de soi. Je peux dire avec certitude qu’à 10 ans, j’avais totalement intégré que la femme est l’égale de l‘homme, que tous des êtres humains sont égaux et que comme nous sommes d’abord des êtres vivants, nous sommes citoyens de la terre, au même titre que chaque habitant de cette planète. Point. La notion de pays, des délimitations des territoires est une notion très étrange pour moi, si bizarre que j’ai bien du mal à l’assimiler. Je sais que je dois cette vision du monde en partie à mon éducation plus qu’à ma logique (enfin, je suppose… ?) Que serais-je aujourd’hui si j’avais été élevée par une famille de fachos ? Je n’en sais rien, je ne peux rien certifier.

Mais revenons-en à cet extraordinaire moment passé avec nos incompressibles voisins. Tout a commencé par « Venez prendre l’apéro à la maison pour fêter le nouvel an ! ». Nous on a dit « oui ». Ce n’est pas vraiment qu’on en mourait d’envie parce qu’on savait que faire la conversation allait nous coûter très cher en bouts de cerveaux perdus sur le trottoir mais bon. Il y a des TLM qui font du bien (sujet de mon prochain article) et j’ai cru un instant que ça allait être le cas avec eux.

ERREUR ! Enorme erreur. J’ai déchanté très rapidement.

 

Présentation : les racistes décomplexés

Et nous voilà une dizaine d’adultes (apparemment équilibrés) sur le balcon un soir de printemps (oui on a repoussé la date de cet apéro du nouvel an au maximum) remplissant nos verres en rigolant bêtement à propos de choses tout à fait inintéressantes mais légères cependant. Et puis, j’ai entendu une phrase comme « les bougnoules… » Puis une blague sur « les portugais ». J’ai commencé à prendre peur et j’ai tenté de ramener la conversation sur des sujets plus anodins, tels que la nourriture et les animaux domestiques. Mais non. Non, ce soir-là, nos voisins avaient besoin de se défouler. Ils avaient besoin de crier, de hurler leur souffrance et de nous la balancer en pleine gueule pour qu’on compatisse. Le plus étonnant c’est qu’ils devaient être persuadés qu’on allait approuver leur discours ! (Oh mon Dieu, j’ai une tête de fasciste raciste avec trois neurones !! Ça met une claque un truc pareil !)  Cela m’a longuement interrogée. Est-ce que parce que nous sommes blancs, il était évident pour eux que nous serions racistes ? Si c’est le cas, je veux bien me faire tatouer sur le front : « Je suis noire albinos, ne me faîtes pas chier ! » Et donc ça a continué… (Je vous retranscris parce que ça vend du rêve en bouteille)

« Y en a marre des étrangers ! La France va mal à cause d’eux. » Ce quoi à quoi je n’ai pas eu a présence d’esprit de répondre : « Ah bon, tu veux qu’on interdise le tourisme en France ? » Non, je n’y ai pas pensé parce qu’en fait, j’étais hébétée. De toute blanche, j’étais passée bleue (ou comment devenir la shtroumphette en 5 min) et je serrais très fort la main de mon homme pour trouver une solution de repli. Que faire ? Me lever en les insultant aurait largement compromis nos relations de bon voisinage et en plus n’aurait servi à rien si ce n’est à défouler ma colère. Argumenter… Hummm. J’ai essayé un tout petit peu mais dîtes-moi comment on argumente contre une bêtise profonde, engluée ? Une incohérence cognitive telle ? Je me suis donc contentée de dire que si la conversation continuait dans ce sens nous allions nous engueuler pour de bon car je n’étais pas du tout du même bord politique. (Ce qui sous-entendait bien sûr : « Mais comment pouvez être aussi stupides ? Comment pouvez-vous être aussi aveuglés par vos pulsions ? Sincèrement je préférerais avoir comme voisins une armée géante de moustiques ! ») Mais ça n’eut pas l’effet escompté. Ils ont continué à déverser leur haine dans une incohérence de propos absolument terrifiante. (Mais ça vaut le coup d’être retranscrit, c’est du vécu, du pur jus !!)

Attention, vous allez assister au raisonnement délirant de nos chers voisins qui regardent TF1 en se l’injectant directement dans les pupilles et qui boivent du Marine au petit déjeuner.

Argument 1 : « Quand on est pauvre, on va à la CAF demander des aides. Mais comme on est français, ils ne nous en donnent pas. Par contre, l’étranger qui est derrière nous, comme il est étranger, la CAF lui donne des aides. Voilà ce que c’est la France ! » Précisons qu’on comprend que « l’étranger sus nommé » est le noir, l’arabe, le Rom voire le portugais et qu’il n’est fait en aucun cas référence à la réelle nationalité de ces dits étrangers et que le français est défini comme une personne blanche quelle que soit sa nationalité (belge, norvégienne, crème de jus de citron !)  Notons également que ceux qui profèrent ces paroles inacceptables sont eux-mêmes d’origine italienne par leurs parents directs, mais la logique a-t-elle sa place ici ? Non, bien sûr que non.

Contre argument 1 : « Heu… T’es vraiment conne ou tu me fais une blague ? » Ou alors « Absolument, je sais qu’ils ont des consignes très précises à la Caf qui sont : Donne à celui qui a une peau un peu sombre mais JAMAIS à ceux qui ont la peau blanche. D’ailleurs, les employés de la CAF sont formés longuement pour voir au premier coup d’œil qu’elle est l’exacte couleur de notre peau. Par exemple, marron très très pâle, blanc neige, blanc crémeux, blanc qui a pris le soleil sur la plage, marron clair, noir ébène etc. »  Peut-être aurais-je pu dire ça mais je n’y ai pas pensé sur le coup. (Dès fois, devant trop de connerie mon cerveau bugge ! Le con, il se barre en me laissant sur place comme un zombie la bouche ouverte et il revient quelques heures plus tard, le traître !)

Argument 2 : « On a lutté pour la liberté de la femme et maintenant la France encourage les femmes à se voiler ! On donne de l’argent à des mosquées, on ne parle jamais des églises qui brûlent »

Contre argument 2 : « Euhhhh… J’avoue que devant tant de bêtises, je n’ai plus de mot, mais effectivement, je me rappelle très clairement le discours de François Hollande réclamant que les femmes se voilent afin d’intégrer l’Islam dans la constitution le plus rapidement possible. »

J’essaye autre chose : « Tu sais, la recrudescence des conversions à l’Islam en France peut s’expliquer très facilement par le fait que la troisième génération d’immigrant d’origine musulmane sont traités "d’étrangers" en France et également "d’étrangers" dans le pays d’origine de leurs grands-parents. N’ayant aucune identité propre, ils se tournent vers ce qui peut leur donner une identité et des repères soit l’islam qui n’a pas de frontière et qui ne les rejettera jamais. Notons également que nous parlons le plus souvent d’un public d’adolescents dont la personnalité est en construction et qui sont particulièrement perdus. » Soyons honnête, sur ce coup là, je l’ai perdue  elle aussi… (Gros yeux globuleux de bulots !) Donc, elle enchaine…

Argument 3 : « Les jeunes qui brûlent tout, ne cherchent pas de travail. Je me fais insulter par des arabes, tout le temps etc. etc. » 

Contre argument 3 : « En même temps, vu ton niveau élevé de racisme, ce que je ne comprends pas c’est comment tu as pu éviter de te faire casser la gueule depuis le temps ? » Parce qu’évidemment, nous sommes sur le balcon et ils hurlent et crient ce qu’ils pensent des bougnoules et des noirs. Et… Je suis au bord de la crise d’angoisse parce que dans notre immeuble vivent plein de gens colorés que je trouve charmants et qui peuvent les entendre…. AU SECOURS !!!

Arrive le pompon de la pomponette !

Argument 4 : (ce que je vous raconte est véridique, je n’invente rien attention !) « Ces étrangers qui nous pourrissent la vie, ils feraient bien de balayer devant leur porte avant de venir nous emmerder. Moi le peuple que j’aime vraiment ce sont les Tibétains. » (Oui oui oui, vous avez bien entendu, elle se revendique du peuple le plus pacifique et le plus tolérant du monde !! C’est magique la bêtise !) « Je lis beaucoup sur eux, j’adore les citations tibétaines » etc. etc. etc.

Contre argument 4 : Je n’en ai pas. J’ai l’impression qu’on vient de m’enfoncer un 747 dans le cul. Je n’ai plus d’argument. Il me reste : l’agressivité ou la fuite. Je choisis dignement la fuite.

Je ne vous ai pas retranscris toute la conversation mais je résume pèle mêle.

Nous avons donc ces gens (blancs) immigrés italiens deuxième génération qui pensent que la France va mal à cause des « étrangers » (????) qui veulent qu’on les renvoie chez eux (???) qui pensent qu’ils ne reçoivent pas d’aide de l’état (c’est faux, ils touchent les APL, et sont en arrêt maladie depuis plusieurs mois) alors que les étrangers en touchent et leur idéal de vie c’est le peuple tibétain.

Voilà. Je veux dire VOILA !! Tout ça est REEL. Tout ça est DINGUE. Tout ça est GRAVE, très très très grave. Tout ça fout la trouille.

Je suis rentrée chez moi avec l’impression que 5 camions m’avaient roulés sur le corps, avec beaucoup de reproches contre moi de ne pas avoir su argumenter plus vite et mieux, avec en même temps la certitude que ça n’aurait servi à rien, avec l’envie dévorante d’aller voir chacun de mes voisins colorés pour leur présenter mes excuses sur le discours de certains « français » aujourd’hui. Je suis rentrée effarée que les gens aient déjà pu oublier la deuxième guerre mondiale.

Il y a des TLM que j’aime, que j’aime vraiment, qui valent le coup.  (Je vous en parle dans mon prochain article, je vous l‘ai déjà dit, je le sais, c’est juste que quand je suis en état de choc comme ça, mon cerveau répète plusieurs fois les mêmes informations comme s’il était absorbé par un trou noir et qu’il essayait désespérément de se rallumer. ça clignote quoi!) Je respecte certaines de mes connaissances sarkozistes tant qu’on n’aborde pas la question de front et je fuis cette conversation, comme on fuirait Voldemort si on n’avait pas de baguette magique dans sa poche.

Mais Marine ! Je veux dire Marine ? Ok, je reprends : Marine quoi !!!!!!!!!

Maître Yoda dit : « Dans l’incohérence, la force obscure prend sa source. Face à elle, de la plus grande prudence, le jeune Jedi fera preuve. Battre en retraite et se regrouper, il devra. »

Prenez soin de vous.

Namasté

Ketrichen

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Gudule 16/08/2017 20:24

Je ne suis pas une grande fan des allusions à caractère sexuel ou anal, mais sur ce coup, l'analogie à l'enfoncement d'un 747 dans le séant, j'ai adoré, j'ai trouvé cela très parlant !
J'aimerais découper quelques cerveaux afin de comprendre la logique aberrante ... et je ne parle pas que de celle des TLM fascistes, mais également de la mienne. En admettant que je sois bel et bien une TSE, et bien je suis une TSE qui souvent, lorsqu'elle est épuisée, va manger ou fumer, plutôt que d'aller dormir. Bon d'accord, ce faisant, je ne fais a priori de mal qu'à moi-même... mais ... je suis sûre qu'il y a quelque chose de commun, et j'espère qu'il existe des solutions, pour eux comme pour moi.
(sur ce la séance archéologie suit son cours .... c'est bien la première fois que je trouve que tu écris trop !!)

vincent 20/05/2015 15:20

C'est dingue à quel point ils ne voient pas leur hors propos et incohérence de leur propre système de pensée. Après au jeu du hors propos par leur propre citation, bizarrement ils s'énervent dans leur propre faiblesse, la marque de leur contradiction nous est projeté à ceux qui n'ont que montrer la faille de leur dires. Du coup, on ne se fait pas des amis tous les jours. ^^

Ketrichen 12/05/2015 09:46

Oui ils sont partout et franchement, j'aurais préféré que ce soit des extra-terrestres... Bonne journée à tous. Namasté.

charles 04/05/2015 09:09

sortir en éteignant son cerveau ne suffisait pas , il aurait fallu sortir sans son cerveau ...

fred 03/05/2015 18:08

"la vie est belle" , en faisant abstraction des faiseurs de haine comme tu le soulignes encore avec beaucoup d'humour

lillo 03/05/2015 17:45

ils sont déjà la, ils sont parmi nous :) A droite toute l Europe du nord :(

lillo 03/05/2015 16:56

et l Europe du nord à droite toute ... mais jusque où :(