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La Face Cachée d'une Atypique

Rapports d'exploration et journal de bord d'une Asperger en terres neurotypiques

La communication, ce mystère impénétrable

Trigger warning : cet article ne traite ni de masque, ni de covid, ni de confinement, ni de politique, ni de vaccin... Cet article n'est absolument pas actuel. Cet article aurait pu être écrit dans les années 90. Si vous avez connu les années 90, plongez-vous dans ces doux souvenirs, vous verrez, c'est bon, ça fait du bien. 😊 Bonne lecture.

 *Vous trouverez les liens pour le Podcast à la fin de l'article.*

Je crois que la première chose que je voudrais vraiment faire quand je vais passer du temps avec une personne, ce serait de lui dire : « Bonjour. Tiens, installe-toi là, moi je vais me reposer pendant une heure et on se retrouve après, d’accord ? » Et bien sûr, je souhaiterais que cette personne approuve et trouve parfaitement adaptée ma façon de faire. Je voudrais commencer mes interactions par une absence d’interaction. Ce serait parfait. Cela me donnerait le temps de me remettre du trajet que j’ai dû faire pour arriver là où je suis, de la préparation mentale qu’il m’a fallu pour envisager tous les sujets de conversation possibles et puis cela me permettrait de me calmer et de respirer plus lentement. Cela me permettrait aussi de constater que cette personne que je rencontre accepte mes besoins, probablement différents des siens. Je serais alors doublement apaisée. Ce serait merveilleux. Mais ce n’est pas possible évidemment. Personne n’arrive chez des gens pour dîner en commençant par dire : « Vous avez un bureau dans lequel je pourrais m’isoler pendant une heure, s’il vous plait ? ». Ca ne se fait pas.

En fait, il y a tellement de choses qui ne se font pas que j’ai mis beaucoup de temps à me repérer dans ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Par exemple, j’ai toujours pensé (Allez savoir pourquoi... ) que quand on rencontre des gens, on doit se présenter à eux de cette façon : « Voilà mon prénom, mon âge, ce que j’aime faire dans la vie et ce qui m’intéresse en ce moment. Voici la liste des épreuves que j’ai traversé pour en arriver là et tous les doutes qui me traversent en ce moment. Je me pose également des questions sur tel ou tel sujet : aurais-tu des réponses à m’apporter ? » Et bien entendu, je pensais qu’il fallait questionner mon interlocuteur de la même façon : « Comment t’appelles-tu, quel âge as-tu ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans la vie ? Quels sont des différents traumas ? Les as-tu dépassés ? Qu’est-ce qui te motive dans la vie ? Quels sont tes doutes ? Puis-je t’apporter des réponses sur des sujets qui t’intéressent ? »

Je crois que j’ai souvent désarçonné mes interlocuteurs. Honnêtement, je ne comprenais pas pourquoi. J’étais moi-même capable de répondre à chacune de ces questions, sans jamais me trouver en danger. J’étais également sincèrement intéressée de connaître l’autre à différents degrés psychiques et je me voyais totalement perdue quand on me répondait avec moquerie : « Comme tu te prends la tête ! »  Moi sidérée : « Ah bon ? Mais pourquoi dis-tu ça ? » Hummmmm. Je n’ai jamais bien compris la nature des échanges et des conversations. Heureusement, des personnes proches de moi ont pris le temps de m’expliquer certains secrets d’une interaction réussie. Un des principes que j’ai découvert est :  partager quelque chose de concret avec une personne dans le but de ne pas lui demander les choses de façon trop directe. On peut par exemple : faire des gâteaux ensemble. N’ayant jamais été initiée à la cuisine petite fille, j’ai appris sur le tard à mes servir d’un four et des ustensiles apparentés. On m’a certifié que la nourriture était un lien très important entre les gens, donc, ça valait le coup que je m‘y mette. Honnêtement, je ne comprends toujours pas pourquoi la nourriture et la cuisine sont des éléments si essentiels dans les interactions. (Autre profond mystère…) Seulement j’ai aussi pris conscience, que pour ma propre survie, il est nécessaire que je fasse le deuil de la compréhension d’un certain nombre de choses. Je ne comprends pas et ce n’est pas grave. Si je m’obstine à essayer de comprendre pourquoi telle personne a employé tel mot avec telle expression faciale dans un tel contexte et que je m’obstine à essayer de comprendre ce qu’il voulait réellement dire, eh bien je n’ai plus de vie personnelle. Je passe alors l’intégralité de mes journées à essayer de décoder les façons de parler et les demandes et les réponses implicites des gens autour de moi. Autant de communications auxquelles je ne comprends rien et malheureusement pour moi, j’apprends très lentement. Le lendemain je dois refaire la même démarche, me questionner encore sur : «Pourquoi a-t-elle dit ça à cette personne ? Que souhaite-t-elle faire passer comme message ? Etc. » Tout ce temps que j’utilise à essayer de déchiffrer des choses obscures pour moi, c’est autant de temps que je ne passe pas à lire un bon roman, regarder le ciel, méditer et apprendre des choses sur l’astronomie. Depuis que j’ai accepté de ne pas comprendre un certain nombre de choses et que j’ai compris que cette acception de mon ignorance ne provoquera la mort de personne, une grande partie de mon cerveau est disponible pour traiter des informations beaucoup plus intéressantes. Ainsi, c’est acté. Par exemple : Je ne comprends pas les blagues. Je n’essaye plus de les comprendre. Ce n’est pas grave. N’essayez pas de me les expliquer, je m’en contrefiche. Riez entre vous, je ne suis pas vexée et passons à autre chose. 

Quoi qu’il en soit, j’ai pu constater que faire un crumble avec un ami est une activité intéressante et même amusante. Cuisiner des sablés également et je pousserais même le vice jusqu’à la fabrication des madeleines. Une fois cela fait, on s’installe autour d’une table, on mange et on constate que c’est vraiment bon. Je ne suis pas certaine de comprendre véritablement le but de ce moment mais c’est une expérience intéressante. Etrange expérience, nouvelle s’il en est mais attrayante d’une certaine façon. On m’a également appris qu’il ne faut pas questionner les gens de façon directe telle que : « Est-ce que tes parents étaient maltraitants ? As-tu des phobies ? » Ca c’est interdit. Non, il faut attendre de passer suffisamment de temps avec une personne pour que peut-être au bout de plusieurs années, elle me donne des indices qui m’informeront sur le fait que « oui » ou « non » elle a eu une enfance malheureuse et que « oui » ou « non » elle a des phobies.

Quelle terrible perte de temps pour moi ! C’est tellement bizarre de ne pas donner ces renseignements juste comme ça, simplement, en première instance, de façon à ce que je puisse me faire une représentation de mon interlocuteur la plus juste possible. Je dois préciser que j’ai besoin que ce type d’informations soient communiquées de façon absolument rationnelle, un peu comme si une intelligence artificielle s’adressait à moi. Je n’ai aucune envie de gérer de terribles émotions terrifiantes qui existeraient au milieu de cette petite carte de visite, simple pour moi. Idéalement ça donnerait : « Mes parents étaient maltraitants, mais j’ai géré la situation au mieux. Je passais beaucoup de temps dans les bois et j’allais chez mes voisins après l’école, ils étaient sympas.  Je suis fasciné par les courses de billes. Les questions que je me pose concernent le rapport des gens avec la nourriture. J’ai une phobie des vaches, du coup, je vis au centre-ville de Paris. » Voilà pour moi une présentation que je trouve « normale ». Ca vous donne un bon aperçu du décalage. Si au contraire mon interlocuteur éclate en sanglots en me disant : « Mes parents étaient extrêmement violents et agressifs. Ils battaient mon frère qui faisaient barrière de son corps pour ne pas qu’ils s’en prennent au chien. » Alors là, c’est la catastrophe. Je me mets à trembler, je tombe dans les pommes, je ne sais plus quoi dire et mon corps entier m’exhorte : « Fuis mais fuis. Cours Ketrichen ! Tu ne peux rien faire de cette horrible et atroce tempête émotionnelle. »

Je crois que j’ai perdu une amie à cause de ça. Peut-être que ce n’était pas seulement à cause de ça mais je pense que ça a joué. Ce qui l’embêtait surtout c’est que je lui disais toujours : « Ca je peux le faire. Ca je ne peux pas le faire. » Par exemple : discuter avec la télé en fond sonore, ça m’est impossible. Et de la même façon je la questionnais également sur ses besoins, ses envies etc. Je ne comprenais pas pourquoi ça l’agaçait. Un jour, alors qu’elle venait de se faire couper les cheveux, elle m’a demandé mon avis. Je n’aimais pas. Je n’aimais vraiment pas, quel dommage cette coupe ! Alors je me suis retrouvée coincée entre mon besoin de lui dire la vérité et mon besoin de ne pas la blesser. Que faire ? Après une longue réflexion, je lui ai dit : « Cette coiffure met vraiment ton visage en valeur. ». Je trouvais que c’était un excellent compromis car c’était la vérité sans être blessant. Elle l’a très mal pris. Vraiment mal et elle m’en a beaucoup voulu de ne pas être une bonne amie parce qu’elle a compris que je n’aimais pas sa nouvelle coupe de cheveux . Il était évident pour elle que j’aurais dû lui mentir et elle m‘a dit plus tard entre deux sanglots : « Mais tu aurais dû me mentir ! Ton opinion est si importante pour moi. Maintenant je me trouve moche. » Moi j’aurais aimé qu’on m’explique dans quelle situation il est important de mentir par affection pour ne pas blesser l’autre. Personne ne m’a jamais expliqué ça ! Je souhaitais réellement être une bonne amie et je pensais que la vérité était un gage important pour maintenir une bonne qualité de relation. Mais du coup, peut-être pas. Pas en ce qui concerne les coupes de cheveux en tout cas.

J’ai toujours besoin d’organiser mes journées, de savoir ce qui va se passer. Je crois que cette amie-là ne supportait plus que je lui demande ce qu’on allait faire et combien de temps cela allait durer et dans quel ordre nous allions faire les choses. Elle ne supportait pas non plus que je lui demande si elle était d’accord pour qu’on fasse comme ci ou comme ça. « Ça manque de naturel. » me disait-elle. Un jour, elle en a eu assez de toutes ces contraintes que j’amenais dans sa vie et Paf ! Elle m’a claqué la porte au nez. Aurait-elle fait de même si elle avait su que j’ai un Trouble du Spectre Autistique ? Peut-être que oui, peut-être que non. Je ne sais pas. Elle aurait au moins compris que mes comportements « inappropriés » n’étaient pas intentionnels, ni mis en œuvre dans le but de lui nuire.

J’aime beaucoup les gens. J’ai besoin des gens, c’est horrible à quel point j’ai besoin d’eux. Si je me retrouve seule dans la campagne sans aucun bruit humain à dix kilomètres à la ronde, je déclenche une crise d’angoisse. Aucun doute là-dessus. Je suis faite pour vivre parmi les humains. Mais en même temps, ils me terrifient. Je les trouve bizarres, je ne comprends pas leurs réactions, leurs attentes, leurs désirs et leurs façons de communiquer.

Je voudrais les voir mais de loin. Je voudrais les voir derrière une vitre. Je resterais là à les observer et quand je serais prête, peut-être au bout de quinze minutes ou peut-être deux heures, je l’ignore, je m’approcherais d’eux pour engager une conversation. Je voudrais aussi pouvoir leur dire à tout moment : « Stop. J’ai besoin de silence maintenant. Stop. Je ne veux plus de bruit. C’est trop. C’est trop de stimulation. C’est trop pour moi. » Je voudrais pouvoir leur dire : « Je vais aller m’isoler un moment et je reviendrais plus tard. Bisous.» Je voudrais aussi que tout se passe comme on l’a prévu. On a dit qu’on faisait d’abord le repas, après une balade et après la balade, on fait un jeu. On a dit qu’on n’irait dans la forêt et pas dans les boutiques, alors non non non, ce n’est pas une bonne idée finalement d’aller faire une visite au musée. Il y a trop de gens, trop de bruits, je n’ai pas lu les avis sur internet, je ne sais pas si ce musée est intéressant ni si je vais me sentir bien dedans. Je n’y vais pas non. Quand je dis « non » c’est « non ». C’est simple, c’est « non ». Qu’est-ce qui n’est pas clair dans ce mot ? Quelques fois, certains choses sont un mystère pour moi. Comment peut-on trouver du flou dans le mot « non » ? Comment peut-on décemment contester le refus d’une personne ? (C’est une question purement rhétorique.)

Les gens sont tellement tellement bizarres. Je ne les comprends pas.

Au début, juste après avoir eu connaissance de mon diagnostic, je disais aux gens que j’avais un Trouble du Spectre Autistique. C’est la vérité, j’ai un TSA. Avant j’étais agacée par les personnes avec un TSA qui employaient le mot « autiste ». La raison est très personnelle. Ca m’agaçait parce que ce mot « autiste » est associé pour moi à une personne que j’aime très fort et dont l’autisme est terriblement plus handicapant pour lui que pour moi. Dans ma tête c’était employer le même mot pour décrire un tétraplégique et une personne paralysée de la main. Dans les deux cas, il s’agit bien d’une paralysie, cependant, je pensais qu’il n’était pas décent de comparer ces deux handicaps. (Dans cette métaphore, je suis la personne avec la main paralysée, vous l’aurez compris.) C’est chiant d’avoir une main paralysée, ça peut être problématique, vraiment, mais je peux tout à fait me débrouiller au quotidien.

Finalement, le temps passant, je me mets à employer ce mot « autisme ». Ou alors je dis : « Je suis autiste.» et je relègue le TSA dans un placard. Tout simplement parce que les gens n’accordent pas d’attention au « TSA ». Ce n’est qu’un « trouble » c’est léger, c’est même un peu suspect. Donc quand je parlais de mon TSA, je pense que beaucoup de gens entendaient « Blablabla. » ou alors « J’ai les cheveux fins. » ou encore « Je mange beaucoup de chocolat. ». Ce qui est certain, en tout cas c’est qu’ils évacuaient la problématique à la seconde même où elle était posée. De guerre lasse, je me suis mise à employer le mot « autisme » comme on balance un coup de poing. Pour les faire réagir, pour qu’ils entendent un peu, pour les secouer, pour exister malgré leurs représentations. Je ne sais pas si ça a marché mais en tout cas, ils tournent la tête avec ce mot. C’est beaucoup plus perturbant, ça les déstabilise et ils écoutent plus.

Ce qui est embêtant dans ce diagnostic du TSA, c’est qu’il faudrait qu’on s’improvise expert en autisme ET en communication parce qu’il faut répondre aux questions de notre entourage. Or moi, ce que je viens de découvrir sur moi c’est que justement je ne suis pas du tout experte en communication. Je suis méga nulle en communication, en vrai. Je parle juste énormément pour compenser. C’est tout.

Ce que je voudrais c’est qu’on me fasse un petit schéma qui m’explique quel est le but d’une interaction. Un schéma qui explique comment elle est censée se dérouler, quels sont les contenus qu’on peut aborder et ceux qu’il vaut mieux éviter. Et surtout : A quoi va servir cette interaction ?

Va-t-elle servir à ce que je me sente bien ? A ce que l’autre se sente bien ? (Réconfort émotionnel ou psychologique ?) Va-t-elle permettre un échange d’informations pratiques ? (Rdv, organisation d’événement par ex.) Va-t-elle permettre une élaboration plus aboutie de ma pensée sur un sujet? Va-t-elle m’apporter des connaissances sur un sujet nouveau ? (Mieux connaître les lemmings par ex. ?)

J’arrive à repérer le sens de certaines d’entre elles, bien entendu, mais d'autres m'échappent totalement. Par exemple, à quoi servent les conversations telles que celles décrites ci-dessous ? 

Conversation 1 :

A : « Les gens ne respectent rien.

B : C’est l’époque ! La technologie tout ça, il n’y a plus de limite. L’autre jour, je faisais la queue au supermarché, un mec m’est passé devant comme ça, pas d’excuse, rien du tout !  

A : C’est une honte !

B : Qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse ? J’allais pas me battre.

A : C’est sûr.  Tout part à volo. »

 

Conversation 2 :

A : Mon sapin cette année je l’ai décoré en jaune et bleu. On a fait une guirlande avec du popcorn et j’ai découpé des étoiles dans un carton que j’ai coloré à la craie. (Je sais que vous pensez que sa déco doit être pourrie mais ne jugez pas.)

B : Moi j’ai un sapin en bois du coup mes décos sont vertes pour compenser. D’ailleurs j’ai vu qu’à tel endroit, ils vendent des sapins à 50 % moins cher si tu as la carte.

A : Oui je sais, j’ai vu aussi mais ça ne fonctionne que pour les sapins de moins d’un mètre dix.

B : Mince !

A : Oui.

B : Et vous allez faire quoi à manger ?

A : Ben, je me suis dit qu’à Noël, on mange toujours très gras et puis ma belle-mère est allergique au fruits de mer. Comme ils viennent passer le 24 avec nous, j’ai pensé à une salade à base de pamplemousse et de pommes granny. […]

Je m’arrête là parce que la liste entière de tout ce qui va être cuisiné et dégusté pendant les deux prochaines semaines, c’est nerveusement trop compliqué à coucher sur le papier pour moi. J’essaie d’éviter d’écrire des trucs qui me donnent envie d’aller me noyer dans ma cuvette de wc. Donc, du coup, j’en reviens à ma question première : A quoi servent ces dialogues-là ? Et pourquoi ils ont lieu presque toute la journée ?  Ca je crois que c’est un des plus grands mystères qui soit pour moi ! Quand j’entends ces échanges, c’est tellement angoissant pour moi de me retrouver coincée dedans que mon cœur s’accélère, que je sens des sueurs froides me parcourir l’échine et que mon corps entier me dit : « Fuis, fuis, fuis. Cours Ketrichen, cours. » Quand je ne peux pas fuir, c’est dur, c’est douloureux et je peux carrément déclencher des vomissements.  Bonheur, bonheur.

Il parait que la différence entre personne HPI et une personne HPI avec un TSA c’est que le HPI sans TSA maîtrise ces codes de communication là. Même si ça ne l’intéresse pas forcément, il sait s’en servir, il peut participer, orienter la conversation au sein de ces sujets qui au-delà de stériles pour moi sont surtout profondément anxiogènes parce que je n’en comprends pas le sens. Un psychologue m’a expliqué que c’est une façon pour les gens de partager et de créer du lien. Je crois que j’entraperçois ce qu’il veut dire mais je ne vois pas du tout comment on peut créer du lien en parlant de ce genre de choses. C’est beaucoup trop loin de moi. Certain TSE aiment parler de cuisine ou même discuter du temps qu’il fait par exemple. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de jugement de valeur dans ce que je dis.

Personnellement, je ne comprends pas, je suis vraiment larguée dans le « small talk ». Comprenez bien que la façon spontanée et naturelle que j’ai d’accéder aux autres est super bizarre et que toutes les personnes avec un TSA ne fonctionnent pas comme moi. Nous sommes tous différents, très différents et je ne suis pas experte en autisme, je suis seulement experte de moi. (Puisse cette qualification vous apporter quelque chose dans votre lecture.)

Tout ce que je constate c’est que les personnes TSA autour de moi et moi-même, nous avons construit des modèles de communication tous uniques et qui ont beaucoup de rigidité. Ce que je vis moi, c’est une panique totale lorsque je suis « éjectée » de ma zone de confort par une interaction. Je vis un manque absolu de souplesse. Je reste sur ma zone, ma façon de communiquer, ma façon de faire et c’est extrêmement difficile de fonctionner un tout petit peu différemment.

Ce qui est agréable, c’est qu’il y a quelques personnes autour de moi qui prennent le temps de m'écouter, qui prennent en compte cette différence, ce mur de communication et qui viennent vers moi doucement, en respectant simplement mes besoins. C’est très difficile de parler de mes spécificités et de demander aux gens de les respecter ou même de trouver un pont de communication, un compromis entre eux et moi, alors je suis vraiment touchée que des personnes fassent le chemin pour essayer de me comprendre. Mais je vous en parlerais bientôt et bien plus en détail.

Là, je voulais juste vous dire qu’on est tous différents, c'est sûr, mais certains le sont quand même vachement plus que d'autres.

Je vous souhaite de vous aimer comme vous êtes et sans jugement

Très belle année 2021.

Namasté.

Ketrichen

Quelques liens sur le Trouble du Spectre Autistique

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Alice 17/05/2021 10:29

Hello Ketrichen !

J'adore ce que tu écris, ton humour, ta clarté et ta précision (hihi maintenant on sait que c'est cheaté, c'est inné ;) ), ça fait plusieurs années que je consulte ton blog pour y trouver tour à tour soutien, encouragement, explications (ça, c'est rare et génial, merci merci merci), et légèreté (compliment ! faire léger, rire, sur le tragique de la vie, c'est pas toujours facile et ça nécessite de bonnes ressources).

Bon j'arrête mon commentaire dithyrambique, mon objectif n'étant pas de faire un éloge mais de te poser une question (qui m'est venue en lisant ton passage sur le rituel du repas, dont tu ne vois pas la pertinence (je crois, à ce que j'ai compris je veux dire)) : t'es-tu déjà intéressée à l'anthropologie (et aussi, mais dans une moindre mesure, l'écologie comportementale, la biologie évolutive) ?
Si tu n'as pas un franc dégout pour cette discipline, je pense qu'elle pourrait être aussi enrichissante pour toi qu'elle ne l'est pour moi, j'ai compris (pas connaître, comprendre, ça ça fait du bien au cerveau et à l'amygdale je suppose) pas mal de rituels et fonctionnement à l'échelle collective par ces biais, et il existe pas mal de ressources accessibles et hyper intéressante (selon moi héhé !) (comme le livre Sapiens, de Harari, dispo sur YT en audio, ou le livre documentaire (les images, la base !) du musée de l'homme Une belle histoire de l'Homme).

Belle semaine !

Ketrichen 26/04/2021 12:39

Bonjour Popeye, ton avis est légitime parce que c'est ton avis. Tu n'as pas besoin d'être étiqueté HPI ou quoi que ce soit pour intervenir sur ce blog. :o) Je comprends ta difficulté à te faire des amis avec qui tu pourrais avoir des conversations véritablement intéressantes voire philosophiques. Je t'avoue que l'amitié est souvent une de mes grandes problématiques alors je n'aurais pas trop de conseils à te donner. Je te dirais juste qu'en allant vers des univers qui te correspondent, tu devrais normalement trouver des gens avec qui tu auras des choses en commun. Par exemple aller sur des forums de philosophie ou de tout autre sujet qui t'intéresse. Cependant, être entouré de gens intéressants et de valeur, cela prend du temps. De mon expérience, il ne faut pas baisser les bras et surtout continuer à chercher. ;o)
Bon courage à toi en tout cas. Au plaisir. Ketrichen.

Popeye 09/02/2021 03:11

Bonjour ! Je ne suis pas HPI alors je ne sais pas si mon avis est légitime, mais je voulais partager mon expérience et mes doutes. J'ai des problèmes pour sociabiliser dans le sens où les conversations m'intéresse rarement. J'arrive à rebondir sur les poncifs dont les gens débattent car j'ai l'impression de me sentir intégré et de cette manière les gens sont contents qu'on s'intéressent à eux. Mais je n'arrive jamais à créer vraiment de liens. J'ai 21 ans et j'ai peur d'aller vers les gens de mon âge, d'apprendre à les connaître puis de m'apercevoir que nous n'avons rien en commun et de façon gênante se dire au revoir comme si rien ne s' était passé. En fait j'aimerai me faire de vrais amis avec qui je pourrais parler de philosophie de questions sur la vie, les sujets dont ma tête est remplie, pouvoir parler des chose bizarres auxquelles je pense,
comme par exemple quand je regarde un objet disons un pichet en verre ça m'arrive de me demander comment s'appelle l'homme qui a récolté le sable nécessaire à sa fabrication ou comment s'appelle le chauffeur routier qui a transporté ce sable à l'usine, me dire que ses enfants doivent lui manquer pendant la semaine et puis comment s'appelle l'ouvrier qui l' as fondu si au moins il a un cdi etc... J'ai mille et une pensées sur l'absurdité, qu'est ce que tout les humains pensent en ce moment, l'idée simple mais vertigineuse que je ne serais jamais personne d'autres que moi dans toute ma vie etc... Mais j'ai peur que les gens me trouve bizarre avec ce genre de questions. Quand ces derniers voient que je tient entre les mains un livre ils disent " ah ouai t'es un petit intello toi " etc... Comme si se poser des questions étaient un mal, alors je reste sur les poncifs pour faire plaisir... Mais je me dit qu'il doit y'avoir des gens qui me ressemblent, peut être que je manquerais d'intérêt pour des HPI mais il doit y avoir des TLM avec lesquelles je pourrais entretenir une relation enrichissante, car bien qu'ayant un ami, et une petite amie très intéressante avec qui je ris énormément et avec qui je ne m'ennuie jamais, je ressens comme une sorte de solitude, j'ai besoin de gens qui me donnent des axes de pensées pertinentes j'ai besoin de gens qui nourrissent mon petit cerveau et je ne sais comment les trouver.

Ketrichen 26/04/2021 12:40

Bonjour Popeye, ton avis est légitime parce que c'est ton avis. Tu n'as pas besoin d'être étiqueté HPI ou quoi que ce soit pour intervenir sur ce blog. :o) Je comprends ta difficulté à te faire des amis avec qui tu pourrais avoir des conversations véritablement intéressantes voire philosophiques. Je t'avoue que l'amitié est souvent une de mes grandes problématiques alors je n'aurais pas trop de conseils à te donner. Je te dirais juste qu'en allant vers des univers qui te correspondent, tu devrais normalement trouver des gens avec qui tu auras des choses en commun. Par exemple aller sur des forums de philosophie ou de tout autre sujet qui t'intéresse. Cependant, être entouré de gens intéressants et de valeur, cela prend du temps. De mon expérience, il ne faut pas baisser les bras et surtout continuer à chercher. ;o)
Bon courage à toi en tout cas. Au plaisir. Ketrichen.

Armelle1048 12/01/2021 16:15

Ah oui ... je voulais dire aussi : avant, on me disait "Ça ira mieux, quand tu n'auras plus peur des gens", mais j'ai surtout peur de ne pas savoir quoi leur dire . Ou peur qu'ils m'ennuient... donc c'est vrai que ça rend les relations confuses. Ce qui est clair, c'est que je décroche vite des conversations, et que je voudrais être détendue et dire : je vais m'allonger sur le canapé une demie heure. Sans que cela pose un nuage flou sur mon compte. :)
Très intéressant , Merci Ketrichen !

Armelle1048 11/01/2021 22:08

Bonjour Ketrichen, toujours une joie de vous lire ! Un peu épuisée par la lecture... Moi je dis au gens : je me mets en OFF un moment, je vais lire et me reposer. En fait, pour commencer, je fais d'abord semblant de lire, je me mets en pause, au bout de 10 minutes , je savoure le moment. Et je voudrais qu'il dure 2h30. Et pas 30 minutes. Entre 30 minutes et 2h30, les gens se questionnent, m'en veulent, ou vienne curieusement me voir, ou pensent que je fais la gueule, bref ... plein de possibilités. J'ai une amie qui dit "je vais dans ma chambre, je fais ma sauvage". J'ai une amie qui passe toutes ses matinées dans sa chambre. Parfois j'explique que pour 1h de conversation, il me faut autant de temps seule. Après 5 jours avec mon ami, il m'en faut 3 pour sentir à nouveau le point mort et sentir une petite, toute petite envie de le revoir. Ces 3 jours sont toujours un Délice. Délice de me retrouver. J'ai remarqué, quand je suis en "compagnie" plusieurs jours, que me réveiller et me poser 1h sans bruit sur un fauteuil derrière la fenêtre et regarder la nature, m'apaise et me contient pour la journée. Comme une recharge. Merci pour ce blog, les thèmes et les partages que je lis, des autres lectrices, teurs. Bien à vous TLS, Armelle

Ketrichen 26/04/2021 12:33

Bonjour Armelle et merci d'avoir tenue toute la lecture. (Je comprends tout à fait l'épuisement, ça me le fait aussi!!) Je trouve que c'est bien vu : 1 h de discussion / 1h de solitude pour se recharger. Je crois que Julie Dachez explique ça dans ses vidéos. D'ailleurs, j'adore celle sur la théorie des cuillères qui explique tellement bien l'épuisement.
Personnellement la communication est tellement fatigante pour moi que je mets des mois à répondre aux commentaires sur mon blog. (Mes excuses pour ça.)
Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis heureuse si ça te fait du bien de lire ce blog. Au plaisir. Ketrichen

MirgZian 07/01/2021 19:55

♥️

Quatre 04/01/2021 18:21

Merci pour cet article très touchant ! Je suis HPI (sans TSA je pense) et comme vous le précisez, j'ai appris les codes de ces échanges complètement ennuyants, insipides et inutiles ! je fais semblant.... et ça les rassure. Avant on me cataloguait de timide et réservée, mais en fait je ne voyais aucun intérêt à ces échanges, et donc aux autres en général. Avec l'âge, j'ai appris mais il m'arrive de perdre le contrôle, et parfois j'essaie de creuser un sujet, qui m'entraîne sur un autre.... et là tombe la sentence ; je suis prise de tête ! j'intellectualise trop !.... ben je ne le fais pas exprès, le naturel reprend le dessus, bref, je suis et je resterai "bizarre" pour les autres !

Ketrichen 26/04/2021 12:29

Bonjour Quatre! Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire! L'approfondissement n'est pas la réaction attendue dans la plupart des cas. :D
C'est sympa d'être bizarre, il y en a plein d'autres qui le sont.
Au plaisir. Ketrichen

Armelle1048 12/01/2021 16:17

:) :)

So 04/01/2021 11:44

Salut Ketrichen,
S'il est vrai qu'étant HPI on peut s'adapter et comprendre l'intérêt des small talks, voire même les initier, personnellement au bout de 15 / 20 minutes de ça je me sens totalement submergée par un ennui ravageur, et cela me vide, je reçois un coup de déprime, et il peut me falloir un moment pour m'en remettre. J'essaye, j'y arrive, j'en comprends l'utilité sur le moment, mais cela me draine et me rend inexplicablement triste et me donne envie de m'enfuir et d'aller dormir. Je peux m'en servir pour créer le lien, mais celui-ci me devient insupportable si on en passe pas bientôt sur des conversations profondes.

Ton article m'a touchée et m'a aussi permis de comprendre quelque chose de mon fonctionnement de HPI. C'est vraiment une question de nuance entre ce que tu décris être le TSA et ce que je ressens depuis mon HPI. C'est comme si je vivais des échos affaiblis de ce que tu vis. Tout me parle, mais c'est moins présent, à effet retardé. J'ai ressenti un peu la même chose en lisant "je suis né un jour bleu", autobiographie écrite par quelqu'un qui est autiste. Des points de jonction, des miroirs mais en atténué. Je ne sais si c'est le signe d'un léger TSA chez moi où si HPI et TSA sont des nuances d'une même configuration neuro-atypique.

Ketrichen 26/04/2021 12:27

Bonjour So. Oui je vois ce que tu veux dire sur les sensations atténuées par rapport à un TSA. Tu vis ce genre de choses mais moins intensément. J'ai une amie HPI qui me dit la même chose que toi. :o)
En ce qui concerne un "léger TSA" possible, j'avoue que maintenant, je comprends mieux la réaction d'une psy à qui j'avais demandé : "Vous pensez que c'est possible que j'ai un TSA?" Et elle m'avait répondu : "Je n'en ai aucune idée tant que je n'ai pas effectué de diagnostic." Je pense qu'elle a raison, il y a tellement de façon d'être camouflé que c'est très dur, presque impossible, je trouve de s'auto-diagnostiquer sur le TSA avec ou sans. J'étais vraiment persuadée de ne pas avoir de TSA. ;o)
Merci en tout cas pour ton commentaire. Très belle journée à toi. Ketrichen

Armelle1048 12/01/2021 16:06

:) :)